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    November 07

    16 juin 09 - Une vie de chien

     
    Nous venons de recevoir le texte ci-dessous d’une amie. Il m’a bouleversée.
     
    Parce que, pour une fois, j’ai vu les choses d’un autre point de vue que le mien, celui de l’animal. Vous voyez, parce que souvent on s’émeut par rapport à soi, à ce que l’on ressent, à ce qui fait mal à soi-même. Et on ne prend pas réellement en compte la souffrance de l’autre, on voit les choses à travers notre propre regard, sans essayer de les voir au travers de celui qui a mal.
     
    Il ne s’agit pas d’humaniser l’animal, ce serait une erreur. Mais pour autant il ressent la joie, la souffrance…
     
    Je ne veux pas faire de la sensiblerie, ni faire pleurer dans les chaumières pour qu’on s’apitoie sur le sort de l’animal, ni faire de parallèle avec l’humain (vous savez, la sempiternelle rengaine de « occupe-toi donc des hommes, les animaux c’est secondaire… », etc.).
     
    Mais je suis en colère ! Parce que, pour qu’un homme soit digne, il faudrait qu’il respecte la vie, quelle qu’elle soit, et en l’occurrence, aussi, la dignité de la vie animale…
     
    Muriel
     
     
     
     
    Le journal d'un chien
     
    Semaine 1 : Ca fait aujourd'hui une semaine que je suis né. Quel bonheur d'être arrivé dans ce monde !
     
    Mois 01 : Ma maman s'occupe très bien de moi. C'est une maman exemplaire.
     
    Mois 02 : Aujourd'hui j'ai été séparé de maman. Elle était très inquiète et m'a dit adieu du regard. En espérant que ma nouvelle "famille humaine" s'occupera aussi bien de moi qu'elle l'a fait.
     
    Mois 04 : J'ai grandi vite, tout m'attire et m'intéresse. Il y a plusieurs enfants à la maison, ils sont pour moi comme des "petits frères". Nous sommes très polissons, ils me tirent la queue et je les mords pour jouer.
     
    Mois 05 : Aujourd'hui, ils m'ont disputé. Ma maîtresse m'a grondé parce que j'ai fait "pipi" à l'intérieur de la maison, mais ils ne m'ont jamais dit où je devais le faire. En plus je dors dans la réserve... et je ne me plaignais pas !
     
    Mois 12 : Aujourd'hui j'ai eu un an. Je suis un chien adulte. Mes maîtres disent que j'ai grandi plus qu'ils ne le pensaient. Qu'est-ce qu'ils doivent être fiers de moi !
     
    Mois 13 : Aujourd'hui, je me suis senti t ès mal. Mon "petit frère" m'a pris ma balle. Moi je ne lui prends jamais ses jouets. Alors je lui ai reprise. Mais mes mâchoires sont devenues fortes et je l'ai blessé sans le vouloir. Après la peur, ils m'ont enchaîné, je ne peux presque plus voir le soleil. Ils disent qu'ils vont me surveiller, que je suis un ingrat. Je ne comprends rien à ce qui se passe.
     
    Mois 15 : Plus rien n'est pareil... je vis sur le balcon. Je me sens très seul, ma famille ne m'aime plus. Ils oublient parfois que j'ai faim et soif. Quand il pleut, je n'ai pas de toit pour m'abriter.
     
    Mois 16 : Aujourd'hui, ils m'ont fait descendre du balcon. J'étais sûr que ma famille m'avait pardonné et j'étais si content que je sautais de joie. Ma queue bougeait dans tous les sens. En plus, ils m'emmènent avec eux pour une promenade. Nous avons pris la direction de la route et d'un coup, ils se sont arrêtés. Ils ont ouvert la porte et je suis descendu tout content, croyant que nous allions passer la journée à la campagne. Je ne comprends pas pourquoi ils ont fermé la porte et sont partis. "Ecoutez, attendez !" Vous... vous m'oubliez. J'ai couru derrière la voiture de toutes mes forces. Mon angoisse grandissait quand je me rendais compte que j'allais m'évanouir et qu'ils ne s'arrêtaient pas : ils m'avaient oublié.
     
    Mois 17 : J'ai essayé en vain de retrouver le chemin pour rentrer à la maison. Je me sens et je suis perdu. Sur mon chemin, il y a des gens de cœur qui me regardent avec tristesse et me donnent un peu à manger. Je les remercie du regard et du fond du cœur. J'aimerais qu'ils m'adoptent et je leur serais loyal comme personne. Mais ils disent juste "pauvre petit chien", il a dû se perdre.
     
    Mois 18 : L'autre jour, je suis passé devant une école et j'ai vu plein d'enfants et de jeunes comme mes "petits frères". Je me suis approché et un groupe, en riant, m'a lancé une pluie de pierres pour "voir qui visait le mieux". Une des pierres m'a abîmé l'œil et depuis je ne vois plus de celui-ci.
     
    Mois 19 : Vous ne le croirez pas, mais les gens avaient plus pitié de moi quand j'étais plus joli. Maintenant je suis très maigre, mon aspect à changé. J'ai perdu mon œil et les gens me font partir à coup de balais quand j'essaie de me coucher dans un petit coin d'ombre.
    Mois 20 : Je ne peux presque pas bouger. Aujourd'hui, en essayant de traverser la rue où circulent les voitures, je me suis fait renverser. Je pensais être dans un endroit sûr appelé fossé, mais je n'oublierai jamais le regard de satisfaction du conducteur qui a même fait un écart pour essayer de m'écraser. Si au moins il m'avait tué ! Mais il m'a éclaté la hanche. La douleur est terrible, mes pattes arrières ne réagissent plus et je me suis difficilement tiré vers un peu d'herbe au bord de la route.
     
    Mois 21 : Cela fait dix jours que je passe sous le soleil, la pluie, sans manger. Je ne peux pas bouger. La douleur est insupportable. Je me sens très mal, je suis dans un lieu humide et on dirait même que mon poil tombe. Des gens passent, ils ne me voient même pas, d'autres disent "ne t'approche pas". Je suis presque inconscient, mais une force étrange m'a fait ouvrir les yeux... la douceur de sa voix m'a fait réagir. Elle disait "Pauvre petit chien, dans quel état ils t'ont laissé"... avec elle il y avait un monsieur en blouse blanche, il m'a touché et a dit "je regrette madame, mais ce chien ne peut plus être soigné, il vaut mieux arrêter ses souffrances". La gentille dame s'est mise à pleurer et a approuvé. Comme je le pouvais, j'ai bougé la queue et je l'ai regardé, la remerciant de m'aider à trouver enfin le repos.
    Je n'ai senti que la piqûre de la seringue et je me suis endormi pour toujours en me demandant pourquoi j'étais né si personne ne me voulait.
     
    Michel Tsagaris
     
     

    6 juin 09 - Bifurcation

    
    

     

    Mon sourire est attaché à ton corps

    Et le baiser de l'algue à la pierre

    A l'intérieur de mon âge je porte un enfant gai et bruyant

    Il n'y a que toi qui saches le faire sortir du coquillage

    Comme l'escargot avec de fines voix

    Parmi l'herbe il y a

    Les mains fraîches des fleurs qui se tendent vers moi

    Mais il n'y a que ta voix qui soit fine

    Comme ta main est fine comme le soir est impalpable comme le repos

     

    Tristan TZARA (Bifurcation)

     

    rose2009